Chloé - Fundraiser

07/10/2010 - Pays : Australie - Imprimer ce message

CHLOE FUNDRAISER : UN ENTRETIEN A LA POP STAR

Mon aventure de sandwich maker ayant pris fin la première semaine du déménagement, j’usais mon temps à la recherche d’un nouveau travail, encore une fois, gumtree fut mon meilleur allié.

Il y avait vraiment de tout et n’importe quoi,  dans mon angoisse, je répondais à tout ce qui passais, et réussi à me dégoter 5 entretiens en une semaine, la plupart pour différents restaurants.

J’étais particulièrement curieuse des annonces aussi abondantes que criardes, qui promettaient de gagner entre 800 et 1000 dollars la semaine un « easy job », embauche sans expériences, formation incluse.

 Le contenu du travail étant vague au possible, tout cela ressemblait fort  à un attrape nigaud.

N’ayant rien à perdre, je répondis quand même et lors de l’entretien dans des bureaux très chic à Toorak (une des banlieues les plus snob de Melbourne), je compris qu’il s’agissait de compagnies marketing qui recrutaient à tour de bras des jeunes afin de solliciter des donations dans la rue pour différents organismes caritatifs.

La recruteuse était aussi jeune que moi, pleine de vitalité, les dents colgate, elle brillait tellement de succès que dans des cartoons on aurait vu des étoiles clignoter autour de sa silhouette, souriante et amicale au possible, elle me vantait les mérites de la compagnie et les possibilités d’avancements rapides pour les personnes douées, on aurait dit que c’était elle qui passait un entretien. Le strass était trop évident, je décidais de gratter les paillettes en lui demandant les modalités concernant le salaire.

Ne se départissant pas de son sourire de barbie, elle me répondit que nous étions payé à la commission et non pas à l’heure. Le « fundraiser » gagne donc 120 dollars pour chaque donation obtenue. « Avec « seulement » 5 signatures par semaines, tu peux te faire un joli pactole. »

Mouais….n’ayant jamais fait ça et parlant un anglais assez limité, convaincre les gens de me filer le numéro de leur carte bleue et les rendre empathique à une cause me paraissait impossible, ou alors, jamais je n’arriverais à  5 signatures par semaine et je dépenserais mon énergie et mon temps pour un salaire aussi aléatoire que le temps d’ici.

Le soir même je reçus un texto m’informant que j’étais engagée, bien que flattée, je déclinais poliment.

En réalité, j’étais assez tentée  mais refusais par principe d’être payée uniquement au grès de mes ventes et surtout, je préférais choisir par moi-même l’½uvre de charité, me disant que quitte à vendre une cause, autant en être convaincue.

C’est ainsi que malgré mon attirance pour Greenpeace, je répondais à l’offre pour « UNHCR » united nation high comissionare for refugees (http://www.unhcr.fr/cgi-bin/texis/vtx/home). L’annonce avait l’air de loin la plus sérieuse et la plus généreuse avec 20 dollars de l’heure, étudiants interdits, les horaires clairement définis, de la rigueur et de l’expérience dans la vente demandée. Je décidais de relever le défi.

Pleine de confiance au vu du succès de mon précédent entretien, je déchantais rapidement en pénétrant dans une grande salle de réunion où une vingtaine de personnes anxieuses se jaugeaient en se lançant des regards en biais. Espérant que personne n’ai noté l’expression de mauvaise surprise, je me maquillais le visage d’un sourire plein d’assurance. Me fiant à mon instinct et survolant la salle d’un rapide coup d’½il,  Je m’assis à coté de la fille qui semblait la plus sympathique et dont mon 6ième sens me laissait entendre qu’elle correspondait au poste. Elle me sourit instantanément et après des présentations enjouées, nous savions mutuellement que nous avions trouvé un allié si besoin.

Après une brève introduction sur la charité, on nous remit une feuille remplie de questions allant du général à l’intime telles que : présentez vous, quelles sont vos qualités ? Vos défauts ? Pourquoi êtes-vous intéressé par Unhcr ? Quel est votre plat favori ? Si vous étiez un animal lequel? Quel est votre plus grande réussite ?

10 minutes plus tard, on nous convia à réaliser cette présentation devant toute la salle et le RH nous montra l’exemple. J’étais de plus en plus stressée d’autant plus que je n’avais jamais fait un aussi long discours en anglais, et après les passages successifs je compris que j’étais celle dont le vocabulaire était le moins fourni, cela dit, certains se plantaient si bêtement que je commençais à croire en mes chances : (Si vous étiez un animal ? Je serais un lion pour pouvoir écraser les autres…(on a vu mieux pour travailler avec une ½uvre caritative)).

A mon tour, je décidais de prendre tout ceci avec humour et parvint même à faire deux blagues (Hi i am chloé, I am frrrrench as u can notice with my accent). Je  me remémorais mes cours de théâtre sur le fait de placer sa voix, de faire semblant de ne pas être intimidé et de parler avec ses mains afin de ne pas être ennuyeuse.

A la question pourquoi unhcr, je décidais de répondre la même chose que toute l’assemblée, fidèlement inspirée par toutes les Miss monde et univers réunies « pour me réveiller le matin en sachant que je fais quelque chose d’utile et de bien.. » et si j’étais un animal « je serais un dauphin pour pouvoir me battre contre les requins ». Je sus que j’avais réussi.

Par la suite, on sépara le groupe en deux, il ne restait plus que 10 personnes dans la salle et nous ne vîmes jamais revenir les autres.

On nous présenta la coach, la chef de tous les chefs qui gèrent les équipes sur le terrain, elle nous demanda de but en blanc si nous connaissions la situation géopolitique du soudan, l’horrible et harassante fuite des réfugiés dans le désert pour rejoindre le tchad quand ils n’ont pas déjà succombé aux meurtres et les femmes et les enfants aux viols, d’imaginer nos pieds brulés par la chaleur du sable arpentant des kilomètres, tandis que la déshydratation nous fait perdre la tête et enfin les camps et le travail que unhcr effectue sur le terrain. C’était moins drôle d’un coup et je pensais vraiment cette fois-ci que je pourrais effectivement faire quelque chose de bien en me levant le matin.

Je notais tout ceci sur un bout de papier, avec raison puisque la deuxième étape consistait à se mettre dans la situation de vente au cours d’un entretien individuel. Nous eûmes 10 minutes de préparation durant lesquels, certains candidats s’amusaient à déconcentrer le maximum de personnes possible. Tous ressortaient de la salle, tous nous assurant de leur réussite pour mieux nous déstabiliser en limitant nos chances d’embauche.

 Puis ce fut enfin mon tour, Les deux RH, m’expliquèrent qu’ils étaient un couple dans la rue et que c’était à moi de jouer. « Hello, you 2 are so lovely!  Do u have a minute? » « NO » « Allright do u have an hour  then ? » ils rirent aux éclats et je sus que c’était bien parti. Étant donné mes capacités limitées dans la langue de Shakespeare, je me contentais de répéter le discours de la coach en y mettant vraiment du c½ur. Lorsque j’eu terminé, ils me regardèrent le sourire aux lèvres et je reçus un déluge de compliments comme je n’avais jamais eu lors d’un entretien. Dans la poche !

Deux jours plus tard je reçus la confirmation de mon embauche et lors de la semaine de formation, je fus toute heureuse de retrouver la fille du début et surprise de voir que nous n’étions que 6 admis. Et puis, en passant de la théorie dans les confortables bureaux, à la pratique dans le froid et l’hostilité de la rue, nous ne fûmes finalement plus que 4 sur les 20 personnes.

Ce travail fut une superbe expérience, oui c’était dur d’être soumis aux volontés de la météo, transis par le vent et le froid, les pieds aussi gelés que les refus glacials des gens, parmi les sdf et les tordus, oui il y a eu des jours de véritables désespoirs où je n’arrivais à stopper personne, j’ai eu plusieurs « fuck off », des regards méprisants, des milliers de « too busy » et de « i have a meeting », quelques discussions gênantes comme « Si dieu avait une couleur, il serait blanc parce que vu comme les noirs souffrent, il n’est pas de leur coté, donc je ne vais pas donner en allant contre la volonté de dieu » ou encore « il ne faut pas les aider mais leur envoyer des préservatifs »…

Mais malgré tout, je ne retiendrai que la chaleur, la chaleur des gens qui écoutent, qui sont heureux de donner et qui compatissent, la chaleur des autres fundraisers, nos rires qui ravivaient la lumière du pale soleil de Melbourne, nos moments de folies et les amitiés naissantes qui se brisent au grès des départs car c’est ainsi que l’on se réchauffe, nous autres voyageurs.

Je fus douée au-delà de mon imagination, figurant parmi les meilleurs vendeurs et gagnant même une récompense qui me permit d’aller à Sydney rencontrer toute l’équipe de unhcr au cours d’une croisière sur le Harbour. J’ai eu la possibilité de grimper les échelons.

Parallèlement, je travaillais dans un restaurant « à la carte » le soir, où se produisaient tous les comiques de Melbourne, à la fin je connaissais les sketches par c½ur. J’étais payée 15 dollars de l’heure et même si c’était harassant car nous étions 5 serveurs pour une salle souvent complète de 500 personnes, c’était bien plus simple que de faire des sandwiches. Mais au bout de Deux mois comme ça à travailler même les samedis et quelques dimanches, je quittais mon job de serveuse, fatiguée comme jamais.

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